Deux cents textes courts sur des sujets modestes — une gare, une lampe, un café vide. On lit dans l'ordre qu'on veut.
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CC.
Ce qu'on laisse en partant
Le sac est dans le coffre. La maison louée a été nettoyée, les volets rabattus, la clé déposée sur la table de l'entrée comme convenu.
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CXCIX.
Le sentiment que tout est bien
Un samedi de juin, vers cinq heures. Le bruit d'une tondeuse à deux jardins.
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CXCVIII.
Compter ce qui reste
Dans le placard à provisions, ce matin, je vérifie.
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CXCVII.
Les regrets sans amertume
Le rendez-vous, à Lisbonne, en octobre 1996, où j'aurais dû aller et où je ne suis pas allé.
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CXCVI.
Ce qu'on apprend tard
J'ai appris à laver une casserole en métal sans la rayer à cinquante-deux ans.
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CXCV.
Ce qu'on ne fera plus
Apprendre une langue vivante en partant du début. Traverser à pied l'Italie du nord.
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CXCIV.
L'enfant qu'on a été, vu de loin
Une photographie, à huit ans, prise dans la cour de l'école.
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CXCIII.
Un détail revenu trente ans après
Ce matin, en versant le café, je me suis rappelé que la cuisine de la maison de vacances avait, au-dessus de l'évier, un petit carreau de faïence bleue représentant un voilier.
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CXCII.
Les années qu'on n'arrive pas à dater
Un événement précis — un dîner, un voyage, un changement de travail. Je le situe quelque part entre 2011 et 2014.
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CXCI.
Une saison qui ne ressemble à aucune autre
L'hiver 1985 a été d'une douceur que personne, dans la famille, ne s'expliquait.
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CXC.
Les promesses tenues sans le savoir
À vingt ans, je m'étais promis de toujours pouvoir loger un ami de passage.
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CLXXXIX.
Les phrases qu'on a dites sans y penser
Une jeune femme, croisée au mariage d'un cousin, m'a remercié d'une phrase que je lui avais dite il y a vingt ans, à la sortie d'un magasin de musique.
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CLXXXVIII.
Se relire
Une lettre écrite il y a quatre ans, retrouvée dans un brouillon de tiroir.
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CLXXXVII.
Sa propre écriture, vue après dix ans
Un carnet rouvert au hasard. Une page entière de mon écriture, datée de 2020.
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CLXXXVI.
Les voisins qu'on a fini par aimer
Le couple du deuxième nous a, pendant cinq ans, profondément agacés.
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CLXXXV.
Les vieilles brouilles oubliées
Un cousin, à un repas de famille, prononce un nom.
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CLXXXIV.
Les amis qu'on a cessé d'être
Il existe, à côté des amis qu'on a perdus, ceux qu'on a cessé d'être.
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CLXXXIII.
Les conversations recommencées tous les dix ans
Il vient dîner pour la première fois depuis 2018.
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CLXXXII.
Les amitiés qui ne pèsent pas
Une carte postale arrive, à Noël, sans cérémonie : trois lignes, un dessin d'enfant en surcharge, l'écriture penchée d'un ami que je vois deux fois par an.
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CLXXXI.
Ce qu'on ne dit pas à ses parents
Au téléphone, on raconte ce qui va.
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CLXXX.
Pardonner sans le dire
Quelqu'un, deux ans plus tôt, a fait une chose qui m'avait blessé.
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CLXXIX.
Recevoir un compliment maladroit
Un voisin, dans l'escalier, me dit qu'il a vu, par hasard, un texte que j'avais écrit.
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CLXXVIII.
Se taire au bon moment
Quelqu'un, à table, raconte une histoire qui touche à un sujet douloureux.
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CLXXVII.
S'asseoir là où l'on n'avait pas prévu de s'asseoir
On allait au café d'angle, comme d'habitude. Il était fermé.
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CLXXVI.
Le moment où l'on accepte d'être en retard
On avait calculé vingt-cinq minutes pour faire le trajet.
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CLXXV.
Le moment où l'on comprend qu'on est perdu
On marchait depuis vingt minutes dans une ville qu'on connaît mal, en suivant une indication entendue à moitié.
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CLXXIV.
Une conversation entendue sans le vouloir
Dans le train, deux dames sont assises derrière moi.
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CLXXIII.
Croiser un ancien camarade
Sur le marché, un samedi matin, devant l'étal du poissonnier.
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CLXXII.
Reconnaître un visage dans la foule
Sur le quai du métro, à six heures du soir, un visage qui sort un instant du flot.
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CLXXI.
Manquer un train de peu
On débouche sur le quai. Le train est encore là, portes fermées.
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CLXX.
Les sonneries d'autrefois
La sonnette de la maison de mes grands-parents avait deux notes — un ding-dong franc, métallique, qui résonnait dans tout le couloir.
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CLXIX.
Les serrures rétives
On glisse la clé. On tourne. Rien ne vient.
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CLXVIII.
Les portes qui ferment mal
La porte de la cuisine, depuis deux ans, ne ferme plus tout à fait.
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CLXVII.
Les vieilles tapisseries
Le papier peint de la chambre, dans la maison de mon enfance, représentait des bouquets de lilas reliés par des rubans bleus.
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CLXVI.
Les murs blancs
Un mur peint en blanc, sans rien dessus, dans la chambre du fond.
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CLXV.
Les seuils
Le seuil de la porte d'entrée est en pierre, usé en son milieu par les pas.
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CLXIV.
Les escaliers qu'on monte lentement
Quatre étages, sans ascenseur, dans un vieil immeuble parisien.
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CLXIII.
Le coin de table où l'on travaille
Quarante centimètres sur cinquante. Une lampe de fonte verte, un encrier vide qui sert à poser le stylo, un cahier ouvert, une tasse à demi vide.
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CLXII.
Les fenêtres devant lesquelles on s'arrête
Celle du palier, qui donne sur les toits.
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CLXI.
Les places assignées dans les maisons
À table, chacun a sa place. Ce n'est pas marqué ; aucun papier ne le dit.
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CLX.
Les bijoux qu'on ne porte plus
Dans la boîte en bois marquetée, au fond du tiroir de la commode, une dizaine de chaînes mêlées dont aucune ne se trouve facile à démêler.
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CLIX.
Les outils du grand-père
Dans la caisse en bois, en bas de la cave, des outils qu'il avait.
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CLVIII.
Les meubles d'avant
Le buffet en chêne sombre, dans la salle à manger, vient de chez les parents.
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CLVII.
Les vêtements qu'on ne portera plus
Le costume bleu nuit, à fines rayures, plié sur un cintre au fond du placard.
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CLVI.
Les choses qu'on n'ose pas jeter
Une vis sans pareille, gardée depuis un déménagement, on ne sait plus de quel meuble elle a été retirée.
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CLV.
Les héritages encombrants
Une armoire normande, trois mètres de haut, deux portes massives à panneaux sculptés.
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CLIV.
Ce qu'on garde par fidélité
Le pull est trop large depuis quinze ans. Le col est détendu, la laine a bouloché.
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CLIII.
Les objets prêtés et jamais rendus
Je me rappelle d'une scie, prêtée à un voisin pour deux jours, en 2014.
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CLII.
Ce qu'on emporte par mégarde
On rentre chez soi, on vide les poches sur la commode.
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CLI.
Les choses qu'on tient sans s'en rendre compte
On s'aperçoit, en arrivant à la cuisine, qu'on a, depuis le couloir, gardé serré dans la main gauche le morceau de papier qu'on avait pris sur la commode.
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CL.
Les vieux postes de radio
Sur le buffet de la cuisine, un poste en bakélite brune, le cadran vitré jauni, deux boutons ronds en métal.
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CXLIX.
Les cahiers de cuisine manuscrits
Un cahier d'écolier à couverture noire, attaché par un élastique fatigué.
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CXLVIII.
Les cartes postales reçues
Sur la table de l'entrée, glissée entre une enveloppe administrative et un prospectus, une carte postale.
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CXLVII.
Allumer une bougie
On craque une allumette. On approche la flamme de la mèche, on attend une seconde qu'elle prenne.
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CXLVI.
Fermer les volets
Le soir, vers sept heures en hiver, on fait le tour des fenêtres.
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CXLV.
Suspendre du linge
Le panier de linge mouillé, lourd, posé près du fil.
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CXLIV.
Entretenir un feu
Une bûche bien placée tient deux heures sans qu'on s'en occupe.
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CXLIII.
Arroser les plantes
On remplit le petit arrosoir en zinc au robinet de la cuisine.
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CXLII.
Plier des draps
Le drap sort de la machine, encore tiède, déjà presque sec.
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CXLI.
Cirer ses chaussures
On étale un vieux journal sur le carrelage. On sort la boîte ronde en métal, le chiffon doux, la brosse à poil rude.
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CXL.
Affûter un couteau
La pierre est posée sur l'évier, légèrement inclinée. On la mouille d'un filet d'eau.
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CXXXIX.
Les odeurs qui ramènent
On passe devant une porte d'immeuble, et l'odeur du couloir nous arrête.
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CXXXVIII.
Les repas d'enfance
Le jeudi midi, à la maison de mes grands-parents, c'était presque toujours un rôti de veau aux pommes de terre fondantes.
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CXXXVII.
Les maisons où l'on a grandi
La maison de la rue Lavoisier, où nous avons habité de mes trois à mes onze ans.
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CXXXVI.
La voix d'un disparu
On entend, dans une rue, derrière une porte cochère, une voix qui ressemble.
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CXXXV.
Ceux qu'on a cessé de voir
Il y a, dans une vie, une douzaine de personnes qu'on a vues souvent, puis moins, puis plus du tout.
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CXXXIV.
Les lettres qu'on aurait dû écrire
La lettre de remerciement, jamais envoyée, au professeur qui m'avait défendu en classe de troisième.
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CXXXIII.
Les lettres qu'on a gardées
Au fond d'un tiroir, une chemise en carton beige nouée d'un ruban.
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CXXXII.
Le visage qu'on n'arrive plus à voir
On ferme les yeux pour la convoquer.
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CXXXI.
Les chansons qu'on ne parvient pas à situer
Quelques notes, dans une rue, par la fenêtre ouverte d'une cuisine d'un premier étage.
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CXXX.
Les numéros de téléphone appris par cœur
Je me souviens encore, intacts, du numéro de mes parents à six chiffres, de celui de mon meilleur ami d'enfance, de celui de la maison de vacances à huit chiffres avec l'indicatif.
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CXXIX.
Le dernier jour des vacances
Le sac est déjà à demi fait. La maison louée a perdu, en deux heures, l'apparence qu'elle avait prise.
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CXXVIII.
Le premier jour des vacances
On a posé les valises dans la maison louée. On a ouvert tous les volets.
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CXXVII.
Un jour de semaine sans travail
Mardi matin, neuf heures. On est chez soi, en pyjama, devant un café.
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CXXVI.
Le jour le plus long
À dix heures du soir, le ciel garde encore une lumière bleue qui refuse de s'éteindre.
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CXXV.
Le jour le plus court
Le 21 décembre, à quatre heures et quart, on allume déjà la lampe du salon.
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CXXIV.
Les heures avant l'aube
Cinq heures du matin, la rue est encore noire.
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CXXIII.
Le lendemain d'une fête
Onze heures du matin, la cuisine porte encore les traces.
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CXXII.
La semaine entre Noël et janvier
Le 26 au matin, la maison est encore un peu en désordre.
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CXXI.
Les chambres qu'on a louées
La chambre de la rue Pasteur, à vingt ans, avec son papier peint à grosses fleurs jaunes.
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CXX.
Les cuisines des autres
On entre dans la cuisine d'un ami pour aider à porter les plats. Elle ne ressemble pas à la nôtre.
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CXIX.
Les cabanons de jardin
Au fond du jardin, contre la haie, une petite construction de bois peinte d'un vert qui passe.
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CXVIII.
Les caves
On descend les six marches de pierre.
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CXVII.
Les greniers
On tire la trappe au plafond. L'échelle se déplie d'un mouvement sec.
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CXVI.
La chambre du fond
Au bout du couloir, la dernière porte. On l'ouvre rarement.
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CXV.
Les maisons qu'on longe en voiture
Sur la départementale, à la sortie d'un virage, une maison apparaît à droite, plantée contre la route.
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CXIV.
Les maisons vides
Au bout du village, une maison aux volets fermés depuis deux ans.
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CXIII.
Les orages d'été
Le ciel, à cinq heures, s'est éteint d'un coup.
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CXII.
Les dernières hirondelles
On lève les yeux vers le fil électrique au-dessus de la cour.
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CXI.
Les premières guêpes
Sur la table dehors, près de la confiture, l'une d'elles tourne.
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CX.
La lumière de février
À la mi-février, vers trois heures, le soleil entre par la fenêtre sud et tombe sur le carrelage de la cuisine.
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CIX.
Le ciel de janvier
Le ciel de janvier a la couleur du zinc fatigué.
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CVIII.
L'odeur de l'automne
On sort, un matin, et l'odeur est là.
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CVII.
Le vent par les fenêtres ouvertes
Un courant traverse la pièce, d'une fenêtre à l'autre.
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CVI.
Le matin où l'on ressort le manteau
On ouvre l'armoire, on glisse la main au fond du rayon, on en sort le manteau de laine qui n'avait pas servi depuis avril.
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CV.
Le jour où les feuilles tournent
On lève les yeux vers l'érable du jardin et l'on s'aperçoit qu'une branche, sur le côté, a viré au jaune.
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CIV.
Le premier jour vraiment chaud
Au matin, déjà, on s'aperçoit que la fenêtre laisse entrer un air différent.
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CIII.
Le souvenir de l'auto-stop
Bord de nationale, fin d'après-midi, pouce tendu.
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CII.
Les voitures arrêtées sur les routes
Sur le bas-côté d'une départementale, une voiture s'est rangée.
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CI.
Les autocars de campagne
L'autocar bleu de la ligne 14 s'arrête au croisement, soulève un peu de poussière.
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C.
Les aéroports de province
Un hall bas, six comptoirs d'enregistrement, dont deux ouverts.
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XCIX.
Les petits bateaux côtiers
Au bout du quai, une coque blanche à liseré bleu, dix mètres à peine, qui sent le gasoil et l'eau salée.
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XCVIII.
Les gares qu'on traverse sans s'arrêter
Le train ne ralentit pas. Le quai, vu de l'intérieur du wagon, file en une bande grise.
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XCVII.
Rentrer chez soi en train
Le voyage du retour ne ressemble pas à celui de l'aller.
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XCVI.
Les trains de nuit
Le compartiment sent la moquette tiède et le métal.
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XCV.
Les livres perdus
Un livre prêté à quelqu'un — qui ? on ne sait plus — et qui n'est jamais revenu.
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XCIV.
Les livres jamais finis
Un marque-page glissé à la page 187. C'est là qu'on s'est arrêté.
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XCIII.
Les livres lus au mauvais âge
À quinze ans, j'ai lu un livre qu'on m'avait beaucoup recommandé, et qui parle des regrets d'un homme de soixante.
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XCII.
Les marque-pages oubliés
On rouvre un livre lu il y a quinze ans. Entre la page 134 et 135, un ticket de métro plié, daté d'un mardi d'octobre.
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XCI.
La première page d'un carnet neuf
On ouvre le carnet à l'endroit où la reliure cède le plus facilement.
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XC.
Les vieux dictionnaires
L'édition de 1929, en deux volumes, repose sur la tablette basse de la bibliothèque.
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LXXXIX.
Les livres oubliés sur un banc
Un livre de poche, posé sur le banc d'un square, signet à la moitié.
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LXXXVIII.
Les annotations dans les marges
Une main, autrefois, a souligné cette phrase au crayon.
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LXXXVII.
Écouter les autres manger
Salle de restaurant, treize heures. À la table voisine, deux dames âgées s'entretiennent à mi-voix.
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LXXXVI.
Poster une lettre
On glisse l'enveloppe par la fente, on entend, en bas du caisson, le bruit léger du papier qui tombe sur les autres lettres déjà déposées.
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LXXXV.
Faire un lit d'hôtel
La femme de chambre pousse la porte d'un coup d'épaule, le chariot derrière elle.
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LXXXIV.
Acheter des fleurs pour personne
Trois tulipes rouges, un peu d'eucalyptus pour le contraste.
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LXXXIII.
Manger seul au restaurant
On entre, on dit le chiffre : un.
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LXXXII.
Faire ses adieux sur un quai
Le train est annoncé dans neuf minutes.
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LXXXI.
Retourner dans un lieu aimé
La rue s'ouvre à l'angle de la place exactement comme on l'avait laissée.
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LXXX.
Acheter un seul croissant
Devant la boulangerie, on hésite. Deux suffiraient pour le petit-déjeuner.
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LXXIX.
Marcher la même rue à des heures différentes
Cette rue, je la prends à sept heures du matin pour aller chercher le pain.
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LXXVIII.
Regarder de vieilles photographies
Une boîte à chaussures, deux ou trois enveloppes en kraft.
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LXXVII.
Écrire une lettre qu'on n'enverra pas
Une feuille blanche, un stylo, le nom du destinataire en haut à gauche.
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LXXVI.
Préparer du thé
On remplit la bouilloire à moitié, on la pose sur le feu.
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LXXV.
La lumière sur la poussière
Un rai de soleil tombe en biais dans la pièce, par la fente d'un volet, et révèle d'un coup une foule de particules en suspension.
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LXXIV.
L'odeur des maisons d'enfance
On pousse la porte de la maison où l'on n'a pas mis les pieds depuis quinze ans.
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LXXIII.
Le goût du pain en fin de journée
Six heures du soir. La baguette achetée le matin attend sur la table, à demi recouverte d'un torchon.
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LXXII.
Les planchers qui parlent
Une latte craque sous le pied, à mi-chemin entre la porte et la table.
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LXXI.
La pierre fraîche en été
Trois heures de l'après-midi, on pousse la porte de l'église.
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LXX.
L'odeur des vieux livres
On ouvre un volume qui n'a pas servi depuis vingt ans.
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LXIX.
Le goût de l'eau du robinet ailleurs
On remplit un verre au lavabo d'une chambre louée pour une nuit.
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LXVIII.
La lumière à travers les vieux rideaux
Le rideau est en lin grège, taché par le temps de petits points jaunes.
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LXVII.
Le bruit des trains lointains
La nuit, par la fenêtre ouverte, on entend rouler un train qu'on ne voit pas.
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LXVI.
L'odeur de la pluie sur la pierre chaude
Les premières gouttes tombent, espacées, sur les dalles d'une place restée brûlante depuis midi.
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LXV.
Les voyageurs qui dorment
La femme en imperméable beige a posé sa tête contre la vitre, à la hauteur du chiffre de la place.
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LXIV.
Les commerçants qui ferment boutique
Un papier scotché derrière la vitre, écrit à la main, en lettres soignées : après trente-deux ans, nous remercions notre clientèle.
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LXIII.
Les passants qui demandent leur chemin
Une femme s'arrête au feu, sourit poliment, demande la rue Bossuet.
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LXII.
Les voisins qu'on ne salue pas
Le monsieur du quatrième droite passe dans le couloir au moment où je sors les poubelles.
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LXI.
Les femmes qui tricotent dans le train
Sur la banquette d'en face, deux aiguilles d'acier croisent un fil de laine bleu nuit.
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LX.
Les vieux qui regardent passer les autos
Sur le banc devant l'épicerie, deux hommes en casquette, assis très droit, jambes tendues, les mains posées à plat sur les genoux.
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LIX.
Les voix derrière les cloisons
De l'autre côté du mur, une conversation.
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LVIII.
Ceux qui sifflent dans la rue
Un homme passe sous la fenêtre, en sifflotant un air léger qui ne ressemble à aucun air précis.
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LVII.
Les libraires sans prétention
Une boutique étroite, trois piles de livres sur le comptoir, une chaise dépaillée pour le client qui veut s'asseoir.
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LVI.
Les facteurs de campagne
La camionnette jaune s'arrête au bord du chemin, deux roues sur le bas-côté herbeux.
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LV.
Le veilleur de nuit des petits hôtels
Trois heures du matin, un homme en gilet gris assis derrière le comptoir, sous une lampe d'architecte.
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LIV.
Les concierges
Derrière la vitre, une lampe basse, un transistor qu'elle écoute en sourdine, un cahier d'écolier ouvert sur la table.
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LIII.
Les inconnus qui lisent dans le métro
Une femme, debout contre la porte du wagon, tient un livre de poche replié sur lui-même, dos cassé, comme on l'aurait fait pour gagner une main.
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LII.
Les enfants seuls dans les salles d'attente
Sur la chaise du fond, un garçon de huit ans, jambes pendantes.
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LI.
Les vieux couples au restaurant
Une table près de la fenêtre, à midi pile.
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L.
La lenteur retrouvée
On marche, ce matin, plus lentement qu'on n'a marché toute la semaine.
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XLIX.
La nostalgie des lieux qu'on n'a pas connus
Une photographie, en noir et blanc, accrochée dans le couloir d'une maison amie : un café, dans une ville inconnue, à une époque qui n'est pas la nôtre.
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XLVIII.
La patience comme art mineur
Une cuillère à la main, on attend que l'eau dans la casserole arrive à frémir.
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XLVII.
L'oubli des prénoms
On croise quelqu'un dans la rue. Le visage est familier — on l'a connu, c'est sûr.
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XLVI.
L'attente, sans objet
Cinq heures de l'après-midi, assis à la fenêtre. On n'attend personne.
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XLV.
La fatigue heureuse
Sept heures du soir, on s'assied sur la chaise de l'entrée, le dos contre le mur.
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XLIV.
L'ennui des dimanches d'enfance
Trois heures de l'après-midi, le salon plongé dans une demi-pénombre que les volets entrouverts laissaient durer toute la journée.
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XLIII.
Le bruit de la pluie sur les toits
Quelques gouttes d'abord, espacées, puis un crépitement plus serré sur la tôle de la lucarne.
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XLII.
Le silence du matin
Six heures et demie, l'eau du thé chauffe sur le réchaud, et c'est le seul bruit.
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XLI.
Dormir loin de chez soi
L'oreiller n'a pas la forme du sien. Le drap est plus rugueux.
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XL.
Lire dans un train
Le wagon vibre légèrement, à intervalles réguliers, sur les joints des rails.
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XXXIX.
Apprendre un poème par cœur
Le livre est posé à plat sur la table, ouvert à la page choisie.
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XXXVIII.
Prendre des notes au crayon
Dans la marge d'un livre, le trait fin d'un crayon souligne une phrase.
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XXXVII.
Attendre sur un quai
Le train arrive dans onze minutes. On a posé son sac contre le pilier.
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XXXVI.
Relire un livre déjà aimé
La couverture est un peu fanée, les coins arrondis, le dos plissé d'un trait blanc à la hauteur du tiers.
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XXXV.
Ranger une bibliothèque
On a commencé par vouloir dépoussiérer la tablette du haut.
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XXXIV.
Faire ses bagages la veille
La valise est ouverte sur le lit défait. On y dépose, un par un, les vêtements pliés.
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XXXIII.
Écrire à la main
Le stylo glisse sur la page avec un bruit très fin, presque inaudible, qu'on n'entend que dans un grand silence.
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XXXII.
Marcher sans but
On sort de chez soi sans plan précis. On tourne à droite parce que la rue à gauche est trop droite.
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XXXI.
Les soirées sans rendez-vous
Sept heures, l'agenda ne porte aucune mention. Personne n'attend nulle part.
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XXX.
Les longues attentes en gare
Le train ne partira pas avant une heure et demie. La salle d'attente sent le café tiède et le carrelage humide.
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XXIX.
L'heure bleue
Le soleil est tombé depuis vingt minutes, et la rue, en bas, baigne dans un bleu qu'aucune peinture ne sait imiter.
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XXVIII.
Les matins gris
Ni pluie franche, ni soleil : une lumière égale et sans ombre, qui semble venir de partout à la fois.
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XXVII.
Les nuits sans sommeil
Trois heures du matin, le radiateur cliquette, on entend le frigo qui ronronne au loin.
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XXVI.
Les premières neiges
On ouvre les volets, et l'on s'arrête une seconde.
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XXV.
Les dimanches après quatre heures
Quatre heures sonnent au clocher voisin. Le café qu'on a fini de boire refroidit dans la tasse.
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XXIV.
Le mois d'août dans les villes
Le boulanger a baissé son rideau de fer, sur lequel un papier annonce un retour à la fin du mois.
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XXIII.
Les fins d'après-midi de novembre
À quatre heures et demie, la lumière a déjà commencé de tomber.
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XXII.
Les marchés du dimanche matin
À huit heures, les tréteaux sont à peine montés.
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XXI.
Les chambres d'hôtel modestes
Un lit étroit, un édredon trop épais, une lampe de chevet dont l'ampoule clignote au début.
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XX.
Les vérandas
Derrière la salle à manger, prolongée sur le jardin par trois pans vitrés, la véranda capte toute la lumière du sud.
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XIX.
Les vestibules
Une banquette étroite, un porte-parapluie en cuivre, une console au-dessus de laquelle pend un miroir.
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XVIII.
Les jardins publics en hiver
Les allées de gravier sont mouillées, les bancs vides, les massifs taillés ras.
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XVII.
Les ponts métalliques
Quand on s'engage sur le tablier, les semelles produisent un bruit sourd : ce léger creux que rend une plaque de tôle posée sur le vide.
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XVI.
Les bibliothèques municipales
Une salle au plafond bas, des rayonnages de bois sombre, une moquette qui étouffe le bruit des pas.
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XV.
Les cours intérieures
On franchit la porte cochère, on traverse un couloir sombre, et l'on débouche brusquement dans un carré de lumière où poussent deux platanes.
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XIV.
Les escaliers de service
Derrière la cuisine, une porte étroite ouvre sur un escalier raide, peint d'un gris triste.
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XIII.
Les gares de campagne
Un petit bâtiment à un étage, au crépi jauni, dont les volets de bois clos donnent à penser que personne, en réalité, n'y habite plus.
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XII.
Les miroirs piqués
Le miroir, au fond du couloir, est constellé de petites taches noires.
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XI.
Les chaises dépareillées
Autour de la table, six chaises, dont aucune n'appartient au même service.
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X.
Les enveloppes vides
Au fond d'un classeur dorment quelques enveloppes ouvertes dont on a retiré la lettre depuis longtemps.
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IX.
Les boîtes en fer-blanc
Sur le buffet de la cuisine, une boîte en fer peinte annonce encore, en lettres pâlies, le nom d'un thé qu'on ne vend plus.
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VIII.
Les horloges arrêtées
Dans la salle d'attente, l'horloge marque trois heures dix depuis sans doute plusieurs années.
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VII.
Les lampes basses
On éteint le plafonnier, on allume la lampe de table : la pièce se rétrécit aussitôt à la dimension d'un cercle de lumière chaude.
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VI.
Les crayons taillés
Une demi-douzaine de crayons fraîchement taillés, posés en éventail sur la table : il y a là un plaisir de tableau hollandais.
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V.
La valise au-dessus de l'armoire
Elle repose là-haut, posée sur le chant, recouverte d'une fine couche de poussière qu'on ne voit qu'en levant la chaise.
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IV.
Les carnets jamais remplis
Sur une étagère, alignés comme une petite troupe inutile, attendent les carnets commencés.
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III.
Les vieilles clés
Au fond d'un tiroir, dans une coupelle de faïence, dorment cinq ou six clés que plus aucune porte ne reconnaît.
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II.
Petit éloge des cafés vides
Les cafés bondés font la réputation des villes ; les cafés vides, eux, en font la mémoire.
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I.
Sur l'usage des cartes
Il y a, dans le geste de déplier une carte, quelque chose qui résiste obstinément à l'époque.